Alexandre Deplanck (1817-1864) Petit recueil poétique dédié au jeune âge, Lille, 1860.Gallica Source Gallica : Petit recueil poétique dédié au jeune âge – Alexandre Deplanck
Le Merle et la Serinette.
Sur une serinette,
Un merle avait appris mainte et mainte chanson.
Il chantait de façon
A mettre au désespoir la joyeuse alouette.
Chacun dans le quartier répétait ses refrains ;
Partout on le citait comme un oiseau d’élite ;
Et bientôt devant son mérite
Baissèrent pavillon et pinsons et serins.
C’était justice, – en apparence.
Ce merle était, vraiment, tout pétri de science ;
Il connaissait à fond clé de fa, clé de sol,
Tantôt chantait en ut, tantôt en mi bémol.
Mais la foule capricieuse
Crut trouver, certain jour, sa méthode ennuyeuse.
« Ecoutez-le siffler : toujours les mêmes airs !
– Il n’a pas d’avenir , disait le journaliste.
– Il est savant, mais il est triste, »
Remarquait finement l’amateur de concerts.
Bref, notre bel oiseau, bafoué d’importance,
Pour un chanteur des bois se vit abandonné.
Ô Merles à deux pieds, que le vulgaire encense !
Apprenez, qu’en tous temps la nature a donné
Plus de charme au gosier des petites fauvettes,
Que n’en auront jamais vos doctes serinettes !